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Jean-François Martine : Histoire de l’Art & des Civilisations

38 Le culte de Mithra

Bonjour à toutes et tous,

Voici la 38è des œuvres d’art que je vous envoie dorénavant.

Pour cette semaine, un éclairage utile sur un culte à Mystère venu de la Perse et de l’Inde, cette double culture de la haute antiquité, jamais si lointaine qu’on ne le croit !

Le culte de Mithra

IIè siècle Taurauchtonie provenant d’un Mithraeum. Musée archéologique de Cordoue Cliché Jean-François Martine

Cette tradition spirituelle arrive jusqu’en occident dès le 2è tiers du 1e siècle de notre ère, peut-être par des pirates ciliciens prisonniers. En tous cas, elle se diffuse rapidement dans l’empire Romain, préférentiellement par les milieux militaires, politiques aussi avec son entrée dans la pratique et le culte impérial, et administratifs en moindre part.

Répartition des mithraea retrouvées par l’archéologie. source openedition, référence en fin de page

En effet de nombreux mithraea retrouvés se recoupent avec les garnisons en poste, preuve de sa diffusion fine au sein de l’armée, et le concept impérial de “Sol Invictus” en est une autre manifestation.

Qui est Mithra ? Plutarque(1) nous indique ceci : “Ahura Mazda règne dans un territoire infini et éclairé à une certaine distance du soleil qui égale la distance de celui-ci à la terre. Ahriman, le diable habite les ténèbres absolues et Mithra se trouve juste entre les deux“.
 “il serait également issu d’une déesse indienne, Anâhîtâ” selon M. Alain Rey. Celle-ci est une divinité secondaire des temps védiques.
Mais  très surement, un Dieu Mitra (sans ‘h’) existe dans l’univers védique, “dont le nom signifiait “contrat” à l’origine puis “ami” en sanskrit postvédique”(2). Son nom / fonction de “celui qui fait payer leurs dettes aux hommes” apparaît dans le Rig Veda (III,59), et provient, comme moult divinités secondaires, constituer originellement un avatar d’un des Dieux majeurs de la Trimurti, ici, Brahma. Je vous laisse le soin de de chercher si Mitra préexistait,  succède ou se surimpose alors à Anâhîtâ.
En Perse, ce culte s’est distingué de la religion mazdéïste à la suite de la réforme de Zoroastre (entre le XIè et le VIIIè s. avant notre ère),
qui concentra son enseignement autour du premier Monothéisme conceptualisé.
Quoi qu’il en soit, le culte dévoué à Mithra deviendra une religion au corpus complet, centrée sur le Salut des Hommes.
Mithra est né un 25 décembre, d’une pierre. Cette date sera adoptée au IVè siècle par les Chrétiens pour, SYMBOLIQUEMENT, devenir la date de la Naissance du Christ. Mithra se manifeste auprès des hommes comme sauveur et protecteur.
Il s’agit d’une religion à mystère : Elle est initiatique, donc fermée aux non initiés, ce qu’on appelle une société ésotérique, par différence avec une religion à culte public, ouverte à tous les yeux et toutes les oreilles, qu’on appelle alors exotérique.

Certains y voient une des religions à mystère dont la Franc-Maçonnerie serait issue, ou se serait inspirée, c’est selon.

Reconstitution d-1 sanctuaire fictif au Museumpark Orientalis de Nimègue (PB)

Disons le : On ne connaît pas le détail des rituels de ces cultes, et, sans traces écrites retrouvées, nos connaissances générales sur celui-ci restent fragmentaires.

Seules la statue ou le bas relief, parfois “amphiglyphe” (à double face tournante), figure au fond de la salle longue d’un lieu de culte toujours souterrain, chtonien. Celui se nomme Mythraeum -au pluriel Mithraea.

Mithraeum de Juliomagus, Angers. Plan reconstitué. cf. Bibliographie

Un court vestibule introductif, une jarre au début de la salle, souvent un système d’évacuation de liquide au centre, et des symboles ordonnées le long de la salle principale, voilà les éléments de basse. 
Deux longues banquettes latérales encadrent le parterre de la longue salle souterraine. Un banquet prolonge les cérémonies initiatiques
Leur existence, comme par exemple les mosaïques de parterre du Mithraeum des 7 sphères/ portes, un des Mithraea présents à Ostie,

175c Ostie, plan du Mithraeum dit “des Sept Sphères” ou “des sept portes”

nous apprennent que les adeptes s’y rangeaient par ordre d’initiation,
les plus accomplis se tenant au plus près de l’effigie sacrée.
Des représentations d’animaux, parfois de fruits, peuvent aussi évoquer chacune des 7 sphères/portes initiatiques.

175c Ostie, Édifices où se situe le Mithraeum “des Sept Sphères”

On observera avec intérêt la fréquente proximité du Mithraeum avec un ou des Nymphées, quand le lieu mithriacien n’est pas isolé, comme à  Ostie ci-dessus.

Voici ce que nous en apprend le Louvre, commentant le bas relief à double face que je vous joins =
“Sculpté sur les deux faces, ce relief est une des œuvres les plus complètes de l’iconographie traditionnelle de Mithra. Le dieu iranien égorge le taureau, sous le regard des astres, pour féconder l’univers. L’autre côté le présente au banquet avec le soleil auquel il est assimilé en signe du triomphe de la lumière sur les forces néfastes. Largement répandue à Rome aux IIe et IIIe siècles ap. J.-C., la religion mithriaque est une religion de salut parfois confondue avec le christianisme(3).

Un contexte cultuel
Ce monument sculpté sur les deux faces (dit “amphiglyphe”) était monté sur pivot pour permettre sa présentation aux fidèles de Mithra de l’un et l’autre côtés. Mithra est à l’origine une personnalité secondaire de l’antique religion iranienne, le mazdéisme, réformée un temps par le célèbre Zarathoustra ou Zoroastre. Il prend ensuite une importance considérable auprès des légions romaines en Orient, et son culte se répand dès la fin du Ie siècle au point de devenir, au IIIe siècle, la grande religion en vogue.
Religion de salut, elle est parfois confondue par les Romains avec le christianisme.
Évocation d’un rite d’admission Méconnue dans le détail, l’organisation du culte repose sur des grades d’initiation assimilés à des animaux. Ce bas-relief met en scène des rituels réalisés par le dieu lui-même.
200c,Louvre, Rome, taurauctonie Mithriacienne, face sacrificielle, JFMartine
D’un côté, entre la lune et le soleil, Mithra sacrifie le taureau pour féconder l’univers, tandis qu’un chien et un serpent s’abreuvent du sang de l’animal. Un scorpion lui pince les testicules afin de fertiliser les terres avec sa semence.


Sur l’autre face, le dieu banquète avec le soleil, symbole du triomphe de la lumière sur les forces néfastes. Ces deux images pourraient correspondre à deux grades de l’initiation : un premier niveau d’admission où le candidat

reçoit le sang d’un taureau sacrifié, un second où il est convié à la  table des dieux.

Reprise de schémas existants L’iconographie s’inspire directement de l’art grec classique du Ve siècle av. J.-C. : le schéma est celui des Victoires sacrifiant un taureau, au temple d’Athéna Nikè, sur l’Acropole d’Athènes.

La religion mithriacienne fut une grande concurrente du Christianisme. Au XIXè siècle, Ernest Renan dira ainsi que “Si le christianisme eut été arrêté dans sa croissance par quelque maladie mortelle, le monde eut été mithriaste“.
Toutefois, elle connaissait deux faiblesses intrinsèques  qui l’éloignèrent d’une popularité protectrice :
– son culte est resté, lui, ésotérique, réservé donc aux seuls initiés
– et surtout l’interdiction des femmes au sein du culte a privé celui-ci d’un concours essentiel.
Comme les autres religions antiques, le culte de Mithra fut proscrit à compter de l’édit de Théodose de 392, et s’étiola assez rapidement. 

Pour vous aider à vous de m’en dire plus, je vous invite chaudement à suivre le documentaire vidéo figurant en 1è référence bibliographique !

Admirez, savourez, étudiez… et commentez

Amicalement,
Jean-François

Bibliographie rapide :
– Les Nocturnes du plan de Rome, CIREVE, plateau technique de l’Université de Caen, Prof. Philippe Fleury https://youtu.be/hSiXgvOjq7o
– Le culte de Mithra en Iran et à Rome
(I), Afsaneh Pourmazaheri, Farzâneh Pourmazâheri, http://www.teheran.ir/spip.php?article811#gsc.tab=0
(II), Afsaneh Pourmazaheri, Farzâneh Pourmazâheri, http://www.teheran.ir/spip.php?article832#gsc.tab=0
– Les inscriptions du mithraeum d’Angers-Iuliomagus, Michel Molin, Jean Brodeur et Maxime Mortreau, revue Gallia, via OpenEdition journals   https://journals.openedition.org/gallia/1002
– Un culte exotique en Gaule. L’exemple du temple
de Mithra à Juliomagus – Angers, Jean Brodeur   http://journals.openedition.org/archeopages/204
–  Ostia. Aire sacrée des Quatre petits temples, Françoise Van Haeperen, Collège de France,  https://books.openedition.org/cdf/6254?lang=fr

 

Notes : 
(1) : Plutarque, 46, p.33
(2) : Afsaneh Pourmazaheri, Farzâneh Pourmazâheri cf. plus haut
(3) : in site internet du Louvre. Mais aussi via Philippe Fleury, Prof. latin, Université de Caen réf. ci dessus.

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