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Jean-François Martine : Histoire de l’Art & des Civilisations

44 Maddalena Lombardini-Sirmen, virtuose et compositrice

Bonjour à toutes et tous, voici la 44è des œuvres d’art que je vous propose chaque semaine.
(re) Découvrons une femme artiste, trop longtemps méconnue :

Native de Venise, voici la sublime violoniste et compositrice Maddalena Lombardini (1745-1818).


Maddalena Lombardini Sirmen, Portrait-au-pastel

Elle a pour second nom celui de son mari, Ludovico Sirmen –ou Syrmen- (1738-1812), excellent homme épousé à l’âge de 22 ans qui lui fut un soutien au long de sa carrière, chose encore rare, même si moins exceptionnelle qu’au siècle suivant.
D’autant que Ludovico Sirmen était lui aussi violoniste et compositeur (1) et que leurs tournées communes, où Maddalena était la virtuose, enflamma toute l’Europe des salons de Musique, cf. http://worldcat.org/identities/lccn-no2014085576/

Maddalena Lombardini Sirmen est originaire d’une famille vénitienne désargentée, de petite noblesse.
Rappelons que les parcours sociaux voient dans ces temps traditionnels des familles nobles cesser de l’être, par indigence principalement,
comme d’autres le devenir.

Orpheline ou confiée par sa famille (les sources historiques incomplètes font pencher pour la 1è hypothèse),
Maddalena est tôt confiée à une des institutions pour enfants pauvres que compte alors Venise, l’Ospedale dei Mendicanti (Hospice des mendiants).
Il s’agit d’un des quatre “Hospices musiciens“, dont le très célèbre Ospedale della Pietà où Antonio Vivaldi occupa plusieurs fonctions au début du même siècle.
La qualité de l’enseignement musical est fort réputée au sein de ces Hospices musiciens, ; ils attirent les formateurs de renoms, rentabilisé notamment par les revenus des prestations des formations de jeunes élèves.

Maddalena excelle avec virtuosité dans le jeu du violon, comme dans la composition. Aussi, ce qui est plus rare, l’institution l’autorise-t-elle
à gagner Padoue pour y suivre les leçons privées du violoniste et compositeur Giuseppe Tartini (1692-1770) (2).

Maddalena Lombardini Sirmen

Il faudra attendre nos temps actuels pour découvrir combien elle excella aussi dans l’art de la composition.
Écoutez donc autant les influences reçues, que les influences exercées par cette musique…

Pour commencer de “vous faire votre propre religion” comme on disait alors (et vous pourrez la conforter au delà des 3 morceaux présentés) :
1- Maddalena Lombardini Sirmen_ Duet pour violons en Do majeur op.5, Allegro, par Anita Mishoukova et Daniel Bell ,
Qui nous rappelle très bien, par son lieu même d’enregistrement, que la musique de chambre est née dans les salons-chambres des palais et châteaux
par de petites formations uniquement composées d’un petit nombre d’instruments, à corde uniquement.
2- Maddalena Lombardini Sirmen_ Concerto pour violon et orchestre de chambre en do majeur, op.3 n.6
Eh oui, créé à partir des duo, trio, quartet ou quintets à cordes, est né l’Orchestre, dans sa première version :
Uniquement une grande formation d’instruments à cordes : l’Orchestre de chambre.
Ce sera avec dans les temps de l’invention de la Symphonie, autour de “l’école de Karlsruhe” et de Joseph Haydn, que l’Orchestre s’accroitra des bois, puis des cuivres, et enfin des percussions.
3- Maddalena Lombardini Sirmen_ Concerto pour Violon No. 3 in La majeur, Op. 3
Maddalena Lombardini, violoniste virtuose, intégrera au fil du temps les bois, en l’occurrence hautbois et cors, à ces ensembles à cordes, épousant ainsi l’évolution musicale du temps.
Mais ce troisième morceau vous évoquerait-il Mozart ?
Vous auriez raison 🙂
a- D’abord, le père de Wolfgang fut un lecteur zélé du traité de l’art de l’ornementation (musicale) de Guiseppe Tartini.
b- Ensuite, le même Léopold vit dans la carrière de la jeune virtuose Maddalena Lombardini un exemple qu’il s’efforça d’appliquer à son fils -mais jamais à sa fille 🙄 chanta un temps Marie-Paule Bell.
c- Enfin, C’est Wolfgang Amadeus lui-même dont l’art de la composition fut impressionné par celle qui était alors plus encore admirée pour la qualité de ses musiques que par sa grande virtuosité.

L’aube des temps contemporains fut le crépuscule des femmes, comme l’écrivait avec d’autres mots une autre artiste contemporaine, la peintre française Élisabeth Vigée-Lebrun en évoquant le temps d’avant 1789 (le XVIIIè siècle) au début de ses Mémoires :
“Avant la révolution, les femmes régnaient. La révolution les a détrônées”.
Voilà la raison principale de l’oubli des femmes artistes des temps passés, depuis le XIXè s. jusqu’à la fin du XXè. Il reste encore beaucoup à faire.

À vous de commenter à votre tour, …
Par écrit, même un mot bien court, ceci me permettra d’avoir un retour bienvenu 😉

Portez vous bien.

Admirez, savourez, étudiez…

Amicalement,
Jean-François

(1) On connaît surtout Ludovico Sirmen par ses quelques compositions “à 4 mains avec son épouse.
Cependant, on connaît assez mal son parcours, et ses propres œuvres sont peu jouées.
(2) la vie de Giuseppe Tartini donnerait matière à un film rebondissant d’aventures et d’amour.
Voici l’une des plus célèbres de ses créations -et la plus belle à ses yeux- la  Sonate en sol mineur, dite “trille du diable”
issue d’un rêve aux dérives proches de celles de Faust, interprétée ici en 2017 par le jeune violoniste Jonathan Zipperle,
à la Maison de Quartier de la Pontaise, Lausanne, dans le cadre du “Festival 4 Saisons”.

 

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