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Jean-François Martine : Histoire de l’Art & des Civilisations

42 la Saliera de Benvenuto Cellini, Salière parfaitement symbolique

Bonjour à toutes et tous,

Pour la 42è des œuvres d’art que je vous propose chaque semaine, découvrons un objet d’art appliqué :

La sublime et fameuse salière créée par Benvenuto Cellini (1500-1571) vers 1543

Salière, par Benvenuto Cellini, vers 1543, côté poivrière, KHM, Wien, cliché Jean-François Martine

Salière, par Benvenuto Cellini, vers 1543, côté poivrière, KHM, Wien, cliché Jean-François Martine

Elle est conservée au Musée des Beaux-arts, le Kunsthistorisches Museum alias “KHM” de Vienne,

Salière, par Benvenuto Cellini, vers 1543, côté sel, KHM, Wien, cliché Jean-François Martine

Salière, par Benvenuto Cellini, vers 1543, côté sel, KHM, Wien, cliché Jean-François Martine

dont elle est l’un des joyaux, tellement précieux qu’il fut volé au début des années 2000, en 2003 puis retrouvé 3 ans plus tard, exhibée alors à mains nues par les responsables politiques, au grand dam des restaurateurs d’objets d’art.

Luxe et symbolique de la salière de Benvenuto Cellini

Cette salière de style maniériste utilise les matières les plus nobles, comme l’or massif pour les deux statuettes majeures.
Remarquable travail de joaillerie, elle exprime le luxe présent à la table des plus puissants, et accueillait

Salière, Benvenuto Cellini, détail de la salière, KHM, Wien, cliché Jean-François Martine

Salière, Benvenuto Cellini, détail de la salière, KHM, Wien, cliché Jean-François Martine

– d’une part le sel, précieux condiment sujet à des taxes bien connues (en France, la Gabelle),

Salière, Benvenuto Cellini, détail de la poivrière, KHM, Wien, cliché Jean-François Martine

Salière, Benvenuto Cellini, détail de la poivrière, KHM, Wien, cliché Jean-François Martine

– et d’autre part le poivre, épice prestigieuse venant du sud ouest de l’Inde.
Aussi exprime t-elle très logiquement des symboliques fortes. Citons Wikipédia :
Deux figures sculptées en or s’y font face. D’un côté, assise sur un animal allégorique,

Salière, Benvenuto Cellini, détail face à Cybèle, KHM, Wien, cliché Jean-François Martine

Salière, Benvenuto Cellini, détail face à Cybèle, KHM, Wien, cliché Jean-François Martine

la Terre, figurée par Cybèle entièrement nue, appuie sa main gauche sur son sein comme pour en faire jaillir le lait1.
Sa main droite repose sur un temple destiné à recevoir le poivre.

Salière, Benvenuto Cellini, détail face à Poséidon, KHM, Wien, cliché Jean-François Martine

Salière, Benvenuto Cellini, détail face à Poséidon, KHM, Wien, cliché Jean-François Martine


De l’autre, Neptune, dieu de la Mer, lui fait face. Il est porté par des chevaux de mer à la crinière d’or, conformément à la mythologie.
Il tient un trident auprès d’une barque, conçue pour recevoir le sel.
Le socle lui-même est décoré de figures émaillées.
Elles symbolisent les quatre saisons, sous la forme des vents dominants, et les quatre étapes d’une journée :
l’aurore, le jour, le crépuscule et la nuit.
Les positions des figures sont également chargées d’évocations symboliques.
La courbe des jambes de Cybèle fait allusion aux montagnes et aux plaines.
Les jambes de Cybèle et de Neptune s’entrecroisent, allusion au mélange de la terre et de la mer d’où naît le sel.
Quatre petites boules d’ivoire sont encastrées sous le socle pour faire rouler la salière sur la table. Elle mesure 26 centimètres de haut pour 33,5 de long .

Cette salière a parcouru une partie de l’Europe :

Commandée par François 1er à Benvenuto Cellini au milieu du XVIè siècle, lorsque l’artiste a gagné la France et s’y est naturalisé, elle fut ultérieurement offerte en 1570 par Charles IX de France au duc Ferdinand du Tyrol, ce qui explique sa présence à Vienne, après le rattachement de cette vieille région alpine à la couronne autrichienne.

Qui était donc Benvenuto Cellini, un nom que l’on a souvent en tête sans bien connaître sa vie et ses œuvres ?

Autoportrait de Benvenuto Cellini, dessin, Source : Wikipédia

Ce maître artisan florentin à la personnalité flamboyante gagna une telle célébrité que Berlioz le prit pour sujet d’un de ses opéras, près de 350 ans après la mort de l’orfèvre génial…
Comme tant de maîtres artisans florentins et toscans,
– son parcours rime avec une élévation sociale commencée à la génération de son père, luthier et flutiste, qui était fils de maçon.
– sa formation fut polytechnique, au sein des ateliers pour autant centrés sur l’orfèvrerie de Michelangelo Brandini, fournisseur des Médicis, puis de l’orfèvre Marcono, entrecoupé d’un séjour forcé à Sienne, dans l’atelier de Francesco Castoro.

Le « maledetto fiorentino » (maudit florentin)

Ce qualificatif récent est sorti en 1990 de la plume de l’historien de l’art Marcello Vanucci. 
En effet, Benvenuto connaît à Florence une jeunesse agitée qui conduit à son bannissement pour quelques mois. Les bagarres et empoignades y sont alors assez courantes -regardez donc le nez cassé de Michelange…
Son périple le fera rejoindre à Bologne.
C’est à Rome, dans l’entourage du Vatican et des Papes, qu’il s’installera et travaillera durablement.
Comme son frère, à côté de merveilleux chefs d’œuvres, sa vie d’orfèvre sera émaillée… de violences  condamnables où la protection des puissants -cardinaux, Papes- le garantira contre la prison.

Benvenuto Cellini, un génial orfèvre et un grand sculpteur, quoiqu’irascible

Je vous laisse découvrir les réalisations de ce si brillant artiste du Cinquecento.
Vous trouverez quelques unes de celle-ci en consultant les pages ci dessous :
– L’article français sur B. Cellini, dans Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Benvenuto_Cellini#:~:text=Ils%20furent%20r%C3%A9dig%C3%A9s%20de%201558,multiples%20p%C3%A9rip%C3%A9ties%20de%20son%20existence
– sur wikipart, fortement inspiré du précedent https://www.wikiart.org/fr/benvenuto-cellini
– sur Google Art Project https://artsandculture.google.com/entity/m015bjc

Benvenuto Cellini, un auteur de talent

On connaît sa vie par l’ouvrage qu’il a laissée, son “Vita”.
En voici les deux parties, tome I et tome II dans une traduction de 1922 due à M. Maurice Beaufreton.
Il s’agit d’une riche autobiographie, où tour à tour prennent place des chantiers et commandes de premier ordre, des différends violents voire meurtriers, et des épisodes mystiques. Le tout s’avère tellement déroutant , mais aussi tellement rocambolesque que Benvenuto Cellini deviendra un personnage de roman, d’opéra… mais aussi un sujet d’étude psychiatrique posthume.

L’histoire de l’Art retient davantage encore que Benvenuto Cellini  a écrit aussi un “Traité sur la sculpture et la manière de travailler l’or ” aussi intéressant que réputé (dernière partie du long fichier).

L’ œuvre entre Artiste et spectateur

Et ces affres entre créativité artistique et comportement personnel posent à nouveau la question du rapport entre artiste, œuvre et spectateur… Mais devrait on bannir avec lui Paul Verlaine et ses poèmes, et tant d’autres, au vu de leur humanité “trop imparfaite” ?

Vaste sujet,
où les détracteurs redoutent dans l’esthétique ainsi créée les marques du malsain, du violent, de l’égotisme ravageur, tapies au sein des œuvres comme un poison chargé de magie noire,
quand les admirateurs reconnaissent en celles-ci l’originalité, l’expression de l’intériorité, la vision particulière du monde voire des tourments du temps…

Où l’on retrouve un débat de philosophie de l’art et des sociétés politiques…

Qu’en pensez vous ?

À vous de commenter aussi le pourquoi des symboliques présentes, le style, …
Ici, par écrit, même un mot bien court, ceci me permettra d’avoir un retour bienvenu 😉

Portez vous bien.
Admirez, savourez, étudiez…

Amicalement,
Jean-François Martine

Bibliographie rapide :

Sur la salière  =
–  les-instants-essentiels.fr  http://www.les-instants-essentiels.fr/renaissance-la-saliere-de-benvenuto-cellini/
– France Culture “Les cours du Collège de France” (audio) https://www.franceculture.fr/emissions/les-cours-du-college-de-france/leurope-des-images-57-temps-de-guerre-temps-de-statues-benvenuto-cellini-et-les-pouvoirs-des-images
– Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Sali%C3%A8re_de_Cellini
– Sur B. Cellini et ses travaux français https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_2003_num_161_1_463295

Biographie
=
– Guide artistique https://www.guide-artistique.com/artistes/benvenuto-cellini/
– Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Benvenuto_Cellini#:~:text=Ils%20furent%20r%C3%A9dig%C3%A9s%20de%201558,multiples%20p%C3%A9rip%C3%A9ties%20de%20son%20existence

Lisibles sur Gallica.bnf.fr

* Les deux tomes de la Vita de Benvenuto Cellini https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6574141v/f11.item et https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65741087?rk=21459;2
* Le Traité sur la sculpture et la manière de travailler l’or (en dernière partie de l’ouvrage) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5467948q.r=Courbon%20Paul?rk=21459;2
* L’étude psychiatrique (datée, mais très documentée) de Paul Courbon https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5467948q.r=Courbon%20Paul?rk=21459;2

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